Portes ouvertes et portes fermées

Impossible

Journée passée dans un flou étrange, brouillard de pensées, de visages, de mots vides d’intérêt… à aucun moment je ne me suis sentie… j’allais écrire "normale" mais non ça je ne le suis plus depuis longtemps. En fait, ce que j’ai senti est une cassure, une différence amplifiée. Quelque chose a changé en moi et me rend encore plus troublée que je ne l’étais déjà. Et aujourd’hui n’était que la première journée passée dans cet état, avec ce "nouveau moi", en quelque sorte, et je me demande déjà comment je vais faire pour gérer ça, pour supporter ça. Cela me paraît impossible. Impossible ; ce mot est ma nouvelle torture. Affreux puisqu’il me ramène face à mes doutes, et réconfortant en même temps parce qu’il peut m’aider à ne pas m’égarer davantage. En me répétant que "c’est impossible que ce soit vraiment arrivé, c’est impossible que j’ai réellement était victime d’un traumatisme et que je n’en garde aucun souvenir", j’ai la vague impression de pouvoir empêcher mon esprit de dériver. Je me le répète constamment : c’est impossible, impossible, totalement et complètement impossible. Ensuite viennent les réflexions du genre "si c’était vraiment arrivé, j’aurais fini par le savoir, quelqu’un en aurait parlé". J’ai l’horrible pressentiment qu’il s’est passé quelque chose de grave, pourtant. Et je n’ai jamais eu de pressentiment de ce style qui ne soit vérifié dans un avenir plus ou moins proche… donc j’ai toujours peur et j’angoisse toujours.
J’ai revu ma mère ; en la voyant, j’ai brièvement cru qu’elle pouvait ressentir le changement récent qui me perturbe, ce questionnement que je continue de qualifier de paranoïaque. Heureusement qu’elle n’a aucun moyen de soupçonner qu’en moi grouillent de pareilles pensées…
Une heure de pause entre deux cours, c’est ce que j’ai du supporter ce matin. Je ne tenais pas en place. Je voulais qu’il y ait de l’activité autour de moi, je ne supportais pas ce moment de repos intellectuel, j’aurais même préférer courir d’un cours à l’autre sans aucune pause. Alors j’ai fait des recherches. Ce qui ne me ressemble absolument pas. Tenter de me rassurer à coup de recherches sur des études scientifiques plus ou moins abouties au sujet des traumatismes vécus dans l’enfance et des répercussions une fois adulte, ce n’est pas ce que j’aurais fait en temps normal. D’habitude, je ne tombe pas facilement dans l’angoisse à un niveau aussi incontrôlable que celui-là, et si jamais je sens que ça va trop loin, j’arrive à lâcher prise sur la question et à laisser couler. Pas cette fois. Ce qui me conforte encore plus dans l’idée qu’il existe un événement s’étant déroulé dans mon passé - et dont je ne me souviens visiblement pas - qui justifie mon état de panique actuel. Putain je vais pas en dormir de la nuit. Et je vais certainement poursuivre mes recherches avec acharnement. Est-ce que je réussirais à me convaincre qu’il n’y a aucun problème supplémentaire qui menace de s’ajouter à la liste déjà bien assez conséquente de ceux que je traîne avec moi ? Je me mettrais presque à prier pour que ça marche tellement j’angoisse…